Omerta nucléaire

Elle a mené son enquête d’une main de maître dans ce coin du nord-Niger lourd de sens où elle est née. En 54 minutes, Amina Weira réalise un retour aux sources poignant à Arlit, cette ville champignon poussée en plein Sahara après la découverte d’un gisement d’uranium vers la fin des années soixante. Depuis, la Cogema devenue Areva puis aujourd’hui Orano exploite la mine à ciel ouvert grâce à la main d’œuvre locale. Le temps a passé et les langues de ceux qui ont travaillé durement sur le site se délient, car durant de longues années la direction de l’entreprise s’est bien gardée d’évoquer les risques de l’extraction d’uranium sur la santé. A travers une kyrielle de témoignages d’anciens ouvriers nigérians, donc celui de son propre père resté sur place après sa retraite, la réalisatrice montre la mécanique bien huilée que la multinationale française du nucléaire a appliqué pour attirer des candidats au travail dans ce coin perdu, puis les garder sur le site en omettant de les prévenir sur les dangers des poussières radioactives ou la pollution que cette exploitation pouvait générer. « Un ouvrier c’est comme un manche de pelle, tant qu’il ne casse pas, on ne le change pas », dira l’un de ces travailleurs. La colère dans le vent s’achève par une tempête de sable sur la ville et sa contamination invisible…Le film a été censuré au Niger : pas question d’altérer l’image d’une multinationale qui pèse encore 4 000 emplois à Arlit. Jusqu’à quand ?

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